Récemment, j’ai découvert cette œuvre photographique particulière qui m’a profondément touchée. Pendant une année entière, Cees Bassa a photographié le ciel toutes les quinze minutes depuis le même point d’observation. Il a ensuite assemblé toutes les images pour créer une seule composition. (année 2025)
À première vue, on voit un dégradé de couleurs, des bandes lumineuses, des zones sombres, des nuages.
Puis, peu à peu, on réalise que l’on regarde simultanément les jours, les saisons, le cycle de la Lune et la danse du Soleil autour de la Terre telle que nous la percevons.
Cette œuvre rappelle immédiatement un des principes fondamentaux de l’Āyurveda : l’être humain n’est pas séparé du cosmos.
Il en est une expression miniature.
Observer ces rythmes n’est pas seulement une démarche poétique.
C’est une manière de retrouver une forme d’intelligence du vivant.
C’est tout le sens de Rtucharya, l’adaptation aux saisons*, mais également de Dinacharya. L’Āyurveda nous enseigne que la santé ne consiste pas à rester identique tout au long de l’année mais au contraire à développer notre capacité d’adaptation et à vivre en accord avec les cycles qui nous entourent.
En prenant le temps de l’observer encore un peu, c’est autre chose qui apparaît : le mouvement du temps lui-même. Sur ce collage de Cees Bass, ce rythme annuel apparaît clairement comme un souffle, une respiration.
Et là, je pense donc au Spanda mentionné dans le Swara Tantra, cette discipline ancienne qui observe les liens entre le souffle, les rythmes naturels et les états de conscience. Selon cette tradition, les énergies solaire et lunaire alternent continuellement à travers les nadis Pingala et Ida. La respiration change naturellement de dominance au cours de la journée, créant des variations subtiles dans notre physiologie et notre état mental.
*On distingue l’allongement progressif des journées au printemps, l’apogée lumineuse de l’été, puis le lent retour vers les jours plus courts de l’automne et de l’hiver. Les saisons deviennent visibles. Le cycle solaire devient tangible.
Les bandes lumineuses s’élargissent en été et se contractent en hiver.
C’est une image presque parfaite de ce que les textes ayurvédiques décrivent à propos de l’Uttarayana et du Dakshinayana.
– Durant Uttarayana (approximativement du solstice d’hiver au solstice d’été), la puissance solaire augmente progressivement.
Les jours s’allongent, la chaleur s’accumule, les êtres vivants dépensent davantage d’énergie.
– Durant Dakshinayana (du solstice d’été au solstice d’hiver), le mouvement s’inverse.
La lumière décroît progressivement et la nature se tourne vers l’intériorisation et la conservation.
Tiens, cela me fait penser que depuis que je suis toute petite, la période de Noël est une période où je ressens toujours de la mélancholie (et pourtant, j’ai toujours été choyée et entourée d’une grande famille bienveillante et joyeuse) mais si je pense à ça, c’est que début janvier (dès la fin de la 1ère semaine environ), je trouvais que la lumière du jour était différente.
Et je me sentais de nouveau mieux, en paix. J’observais le ciel et j’étais comme soulagée que cette période soit enfin finie.
C’était subtil mais tellement perceptible...
